Séminaires 2011-2012

15/05/12 Anne SAUVAGET – La maladie de Parkinson

La maladie de Parkinson touche en France près de 150 000 personnes. Cette maladie neurodégénérative est liée à un déficit de dopamine dans le cerveau. Elle se  caractérise par la présence de tremblements, d’une rigidité, et d’une lenteur des mouvements. Au-delà de ces signes « moteurs », la maladie de Parkinson est bien plus complexe, avec d’autres symptômes physiques: fatigue, douleurs, troubles digestifs, du sommeil…Des troubles psychiques, voire psychiatriques, sont très fréquemment associés : dépression, anxiété massive, irritabilité, idées de persécution. Pour les patients, les changements corporels et psychologiques sont vécus douloureusement. Les aspects « visibles » de la maladie, conjugués aux perturbations psychologiques entraînent de la honte, un sentiment de déchéance, de perte d’autonomie. Il s’ensuit un retentissement dans la vie conjugale, familiale et professionnelle. Les traitements actuellement disponibles ne permettent pas à l’heure actuelle de guérir cette maladie. Les médicaments se révèlent souvent insuffisants au fil des années. Depuis plus de 10 ans, la question d’une stimulation cérébrale profonde, intervention chirurgicale intracérébrale, peut représenter une nouvelle piste thérapeutique. Cependant, les effets secondaires ne sont pas anodins : apathie, troubles de l’humeur, délires…Au-delà des aspects cliniques, médicamenteux, médico-techniques, la question du vécu psychique des patients parkinsoniens, avant, autour de, et après la période opératoire, est encore peu explorée. Bien que la qualité de vie, les stratégies de coping, les symptômes anxieux et dépressifs des patients aient déjà été abordés, c’est sous un angle purement descriptif et quantitatif. Il s’agit ici pour le chercheur d’abandonner, sans pour autant l’ignorer, toute considération médicale et thérapeutique pour se concentrer sur la parole de ces patients qui restent souffrants dans leur corps et dans leur esprit, malgré une possible amélioration neurologique après l’intervention. C’est ainsi que l’on voit des problématiques inattendues surgir, comme des histoires familiales douloureuses, des traumatismes liés à l’intervention. Cette approche, basée sur l’écoute du patient et de son ressenti, dans son histoire personnelle, permet également de mieux appréhender les relations entre le patient souffrant et le milieu médical, et ses enjeux, qui révèlent des attentes impossibles, ou déçues. Elle a enfin pour but de mieux cerner les représentations psychiques des patients au sujet d’une intervention neurochirurgicale, qui, en touchant le cerveau, vient soulever des peurs comme de perdre le contrôle de soi-même, ou de changer de personnalité. Comment garder alors la conscience d’être soi, de contrôler ses émotions, quand la maladie en question atteint les processus fondamentaux qui leur permettent d’exister ?

15/05/12 Laura BOUCONTET, Sandrine SYLVESTRE – Les femmes cougars

 

17/04/12 Laura ONDOUA – L’excision

 

17/04/12 Christine QUELIER – La grossesse non prévue : une somatisation signifiante

La notion de grossesse non prévue désigne les grossesses souvent dites « accidentelles », qu’elles aient été poursuivies ou interrompues. Elles font problème dans un contexte où le modèle dominant est celui de la grossesse planifiée, relevant d’une décision rationnelle. Or, dans le domaine de la fécondité, de nombreux phénomènes défient la rationalité et les choix conscients (stérilités inexplicables médicalement, conceptions qui se réalisent alors qu’elles étaient jugées impossibles, hyperfécondité…). Le lien entre fécondité et inconscient se révèle à travers les ressorts inconscients du désir d’enfant, mais aussi à travers la fécondation elle—même. Le désir d’enfant ne doit toutefois pas être confondu avec le désir de grossesse ou celui d’avoir un enfant. Le désir d’enfant peut être compris comme lieu de passage d’un désir absolu. Aussi, les grossesses non prévues peuvent-elles être comprises comme une irruption dans le corps -et dans la réalité sociale – d’un désir inconscient qui n’a pas pu s’exprimer autrement, notamment par le langage (A. Bachelot). C’est ce que semble montrer l’exemple d’Inès, femme de 36 ans ayant eu quatre grossesses non prévues et trois interruptions volontaires de grossesse. La grossesse non prévue peut être appréhendée comme somatisation signifiante, mais ce caractère signifiant ne peut être préjugé : il relève des processus inconscients de chaque sujet à un moment donné de son histoire.

 

27/03/12 Isabelle LEROUX – Coureurs de l’extrême ou le surinvestissement sportif de masse

La course à pied est devenue un sport de masse : en témoignent les 40 000 participants au marathon de Paris 2012. En parallèle à cette popularité croissante, une augmentation de la longueur des épreuves a également eu lieu dans les dernières décennies. On ne compte plus les épreuves qualifiées « d’ultra », c’est-à-dire supérieures au marathon, avec des dénivelés importants de surcroît. Les recherches en sociologie montrent que l’homme postmoderne sans limites répond ainsi à l’injonction de s’accomplir et/ou de se dépasser dans un contexte où individualisme, compétitivité et productivité sont les maîtres mots d’un ordre social nouveau et où le sport est la réponse privilégiée à une norme de vie : celle de la santé et du « bien-être ».
L’Ultra-Trail du Mont Blanc est un des exemples les plus connus au monde avec ses 166 km, 9500 m de dénivelé positif et ses 2 360 participants appartenant à 62 nations, dont seulement quelques professionnels dont les objectifs comprennent un paramètre financier important. Au-delà des lieux communs (« ils sont fous, masos », « ils cherchent leurs limites »), le psychologue clinicien peut se demander ce qui motive Mr ou Mme Tout-le-monde à soumettre son corps à une telle épreuve ?
Les recherches cliniques actuelles sur le surinvestissement sportif mettent l’accent sur la dimension addictive : addiction à un objet maîtrisable contrairement à ce qui se passe dans la rencontre intersubjective, qui répondrait à une intolérance à la résonance de l’affect et permettrait de plus une restauration narcissique de par sa valorisation sociale. D’autres insistent également sur l’expansion hypomaniaque contre l’angoisse de perte. Dans les deux cas, la réalité perceptivo-motrice serait surinvestie au détriment de l’élaboration psychique et le corps ne serait qu’un outil au service d’une volonté de maîtrise, pris cependant dans une dialectique oralité/analité via l’articulation incorporation/mesure.
L’entretien avec une coureuse anonyme de l’UTMB m’a permis de sortir de ses hypothèses réductrices et d’inscrire sa motivation et son parcours dans une histoire singulière portée par des signifiants singuliers. Si la dimension hypomaniaque apparaît quelque peu, on note surtout face à la problématique universelle de l’humain, à savoir la castration, des aménagements qui sont plutôt du côté de la vie, du partage, de la convivialité, que des forces du négatif comme la compulsion de répétition.

 

27/03/12 Virginie BASILLE – La couvade

Après un rappel des différentes définitions de la couvade et de leurs approches historiques, nous pouvons constater qu’il en existe deux grandes compréhensions. En effet, nous différencions une approche de ce phénomène en tant que pratique rituelle et une autre, beaucoup plus contemporaine touchant davantage à la notion de psychosomatique. Par ailleurs nous remarquons également l’existence de similitudes entre ces interprétations issues d’une pratique clinique récente et les pratiques ancestrales observées sur quasiment l’ensemble de la planète. Les explications et interprétations psychanalytiques dégagent quelques axes assez récurrents, dont : une réactivation d’un complexe d’intrusion ou « intrusion du rival » pour P. de Neuter, la traduction de conflits psychiques inconscients entre la mise à jour des fantasmes de grossesse et identification féminine ainsi qu’entre un désir d’enfant retourné en vœux infanticides, images de la « crise paternelle » chez M. Bydlowski ; phénomènes devant être contrés par la couvade en tant que rituel. De plus, afin de compléter cet exposé, un petit tour sur les forums réservés aux futurs ou déjà parents paraissait intéressant afin d’avoir un aperçu de ce qu’il en était de la couvade dans notre société. Il en ressort que bien que les pères en soient les « victimes », c’est bien plus largement les mamans qui en font état et qui trouvent généralement cela bien, se disent contentes que le futur papa « fasse une couvade », ce qui est généralement interprété de leur part comme un investissement plus important de la grossesse, voire un désir d’enfant de meilleure qualité. Quant aux messieurs, la tendance est davantage à la rationalisation et aux tentatives désespérées de perdre cet embonpoint ou une jalousie latente se traduisant par l’envie « de manger comme elle et dans les mêmes quantités ».

 

31/01/12 Émily GAFFET – Autour de l’hypocondrie

La première remarque de Freud concernant l’hypocondrie se trouve dans une lettre adressée à son ami Fliess : « L’anxiété relative au corps (hypocondrie), l’anxiété relative aux fonctions physiques (agoraphobie, claustrophobie, vertiges des hauteurs), l’anxiété à propos des décisions à prendre et de la mémoire, c’est à dire du fonctionnement psychique (folie du doute, rumination mentale), j’ai toujours considéré ces symptômes comme équivalents ».
Nous allons avec le cas de Léo, un jeune garçon de 13 ans rencontré dans un service de pédiatrie, mais aussi à l’aide des théories de Freud, Fédida et Ferenczi vous présenter comment une angoisse hypocondriaque peut survenir chez un jeune enfant à la suite d’un traumatisme tel qu’une opération chirurgicale pratiquée dans l’urgence.
Le corps en psychanalyse n’est pas le même que celui des médecins puisqu’il s’agit de donner le primat au corps dans ses natures imaginaires et symboliques, le corps réel, organique est à la base de tout. Ainsi le petit enfant s’éprouve d’abord comme corps avant de se vivre comme sujet et c’est à partir de ce corps qu’une psyché va pouvoir progressivement advenir.

 

31/01/12 Alice MONPEYSSIN – Le jeu du foulard

 

../../11 Anne COURTOIS – Rick Genest ou Zombie Boy : l’énigme du sens dans un corps sur-exposé

Nous présentons ici le cas de Rick Genest alias Zombie boy, un jeune homme de 26 ans tatoué sur 90% de son corps sur le thème du zombie. Nous proposons de réfléchir ici le tatouage comme une sorte de recréation à la manière d’un avatar, comme nous pouvons en créer virtuellement, ancré/encré dans le corps. Ce marquage s’accompagne d’un nouveau nom, d’une nouvelle histoire et d’une nouvelle « famille« . De plus, il est intéressant de penser l’histoire de cet homme en rapport avec la perversion dans ce qu’elle peut avoir de volonté de choquer le spectateur dans ce qu’elle a de plus primaire, en la confrontant à une « mort-vivante ». Avec cela, on peut aussi noter le contrôle constant de cet homme, contrôle du tatoueur qu’il « force » à le tatouer, contrôle du regard que les gens peuvent lui porter en contrôlant son histoire (qu’il livre au travers d’article, toujours rigoureusement la même), en contrôlant son image (au travers des photoshoot et des vidéos qu’il tourne) mais également au travers des « performances » qu’il livre au cours des cirques « freaks » inspiré de ceux du 19ième siècle, dans une mise en scène morbide de son corps tatoué. Dans ce cas, le tatouage est au-delà d’une re-narcissisation, il permet de montrer tout autant qu’il cache et de se faire le porteur d’une histoire qui débute, comme le dit Zombie Boy, par un traumatisme.

 

../../11 Romain PETITJEAN – Corps d’avatar : le corporel du et dans le MMORPG

Ce séminaire nous permet d’introduire la rencontre du corporel avec le monde numérique, ici le MMORPG (comprenez Jeu en Ligne Massivement Multijoueur). Nous avons alors choisi de prendre comme exemple le célèbre jeu en ligne WOW (World of Warcraft). Après un bref rappel des faits concernant l’histoire de ce jeu introduisant le sujet dans un monde persistant dit fantastico-médiéval et l’introduction à quelques mots-clés relatifs au gameplay (Jouabilité) nous aborderons la question de l’avatar. Pour les moins avertis, l’avatar est le personnage virtuel créé par le joueur qui permettra à ce dernier de rentrer en interaction avec le monde virtuel inhérent au jeu ainsi qu’aux nombreux joueurs présents au même moment. Il est intéressant de ce questionner, d’un point de vue clinique, sur le mode de relation induit par le jeu entre le sujet-joueur et son avatar ainsi que sur les quatre phases qui accompagnent cette relation. Entre empathie (du joueur pour son avatar) et identification (l’avatar et moi à l’avatar c’est moi !), nous tentons de dresser un bref constat, émanant de notre propre expérience de joueur et de nos lectures, concernant l’implication du corporel et de sa virtualisation dans une clinique en constante évolution.

 

15/11/11 Delphine MALLARDEAU – Autour de « La Femme qui tremble. Une histoire de mes nerfs » de Siri HUSTVEDT

Deux ans et demi après le décès de son père, Siri Hustvedt revient dans sa ville natale pour faire un discours en l’honneur de celui-ci, à l’université où il avait enseigné pendant près de 40 ans. Tout près du sapin planté en sa mémoire, elle commence son discours et se trouve prise tout à coup de violents tremblements du cou jusqu’aux pieds. Pourtant, elle constate stupéfaite, que ni son raisonnement, ni sa voix et sa faculté de s’exprimer ne s’en trouvent affectés. Les tremblements s’arrêteront comme ils sont apparus, lorsqu’elle terminera son discours.

C’est de cette dissociation que naît alors une véritable quête identitaire à la recherche de la femme qui tremble, l’auteur multipliant les hypothèses dans une tentative de mise en lien entre corps et esprit au travers d’une véritable investigation puisant tant dans les apports de la psychanalyse que dans ceux des neurosciences et de la philosophie, depuis la Grèce Antique jusqu’à aujourd’hui.

L’auteure se lance ainsi dans un cheminement autour de ce phénomène vécu comme étranger à elle. Ces tremblements se reproduiront chaque fois qu’elle prendra la parole dans une assemblée, la laissant chaque fois plus perplexe.

Elle commencera par s’interroger sur l’épilepsie, manifestation la plus proche du type de tremblements qu’elle semble avoir vécu, par leur expression motrice et corporelle, sauf sur un point…les convulsions provoquent une perte de conscience ou un état de conscience modifié. Les nombreuses consultations médicales ne pourront apporter de réponse « organique » à ces tremblements. La mise en place d’une médication pourra cependant atténuer le phénomène, en laissant place à des bourdonnements vrombissants, sortes d’intensité montante et grondante menaçant d’éclater à chaque prise de parole en public. Elle continuera quelque temps les examens médicaux complémentaires, ces examens ne pouvant apporter d’éléments concrets explicatifs.

Une idée s’imposa alors à elle, elle dit : « loin d’être progressive, elle m’apparut tout d’un coup, telle une épiphanie. » Lors de d’une conférence elle avait fait la connaissance d’une psychiatre exerçant dans un hôpital où elle voyait principalement des cas de conversion. « Ce pourrait être ça ! » se dit-elle. Son cheminement se poursuit alors dans le champ de la psychanalyse, avec les études sur l’hystérie et les symptômes de conversion, notamment en ce qui concerne leur ressemblance avec les crises épileptiques… Elle questionne plus loin la dualité entre corps et esprit, ce qui est organique et anorganique…et reprend les cas célèbres de Charcot, Janet, Freud et Breuer. C’est à propos d’un cas de Janet d’ailleurs qu’elle fait pour la première fois un lien avec sa propre histoire, et en particulier avec la mort de son père. Elle se demandera alors, si elle n’aurait pas dû pleurer davantage se père qu’elle aimait tant.

Tout au long du livre, Siri Hustvedt tentera de cheminer pas à pas à travers ce qu’elle puise de ses innombrables lectures. On se laisse ainsi emporter dans des champs très différents de la psychologie, des neurosciences, de la médecine, de la psychanalyse, de la philosophie, de la littérature anglaise et européenne, tentant de suivre un raisonnement, ou plutôt une mise en lien entre l’origine possible d’une telle manifestation et son expression ce jour-là lors de ce discours…ce jusqu’à la fin de l’ouvrage.

 

15/11/11 Benjamin DEGENNE – Du corporel dans l’œuvre de Robert Mapplethorpe ?

Autrefois, la seule vue d’un corps à l’état de nudité était scandaleuse. De nos jours, il y a eu une évolution puisque les individus semblent accoutumés au point de ne plus attirer le regard. Cela s’explique en partie par une exposition incessante de la nudité qui sature les supports d’expression. On retrouve cela dans la rue, à la télévision, sur la toile numérique, sur nos écrans, dans la presse, etc. Il y a un paradoxe qui subsiste dans ce phénomène de saturation car le nu n’a pas seulement vocation d’être montré en tant que tel, il est aussi porteur d’une signification. Ce phénomène se situe dans un contexte qui a d’abord vu le jour par le biais de la photographie pour évoluer actuellement sur des supports numériques. Ces représentations ne disent rien de l’être humain. En effet, ce n’est pas la nudité en tant que telle qui est intéressante, mais la démarche artistique dans laquelle le photographe se place. D’un point de vue clinique, photographier des corps nus n’est pas exempt de desseins inconscients. Cela interroge la dimension de subjectivité propre à chacun et le rapport entretenu à la notion du corporel. En s’intéressant à l’œuvre de Robert Mapplethorpe, photographe américain des années 70-80, nous interrogerons la question du corporel, les possibilités de la délimitation des frontières entre le corps organique et le corps investi psychiquement, avec d’un côté celui qui pose un regard sur les clichés du photographe, et de l’autre Mapplethorpe lui-même.

Laisser un commentaire