Corporel 2013-2014

 le membre fantôme Blandine CESARD,  Katia PUYDOYEUX, Cindy RICHARD

Le phénomène du membre fantôme bien que connu depuis l’antiquité, manque aujourd’hui de considérations cliniques quand la neurobiologie a pu mettre en évidence l’origine cérébrale et nerveuse des douleurs fantômes. Ainsi, après un bref retour sur l’historique et les différents traitements existants,  nous avons dégager quelques pistes de réflexions vis-à-vis du membre fantôme comme pouvant être dans un premier temps une réactualisation d’un processus primaire archaïque. En effet, comme l’enfant qui hallucine le sein, la personne amputée hallucinerait son membre pour pallier aux différentes angoisses comme celle  du morcèlement et de la séparation. Dans un second temps, sur un plan plus élaboré, le membre fantôme pourrait permettre au sujet de jouir de quelque chose qui n’est plus là. Nous avons pu également interroger ce phénomène en lien avec la question du schéma corporel et de l’image inconsciente du corps. Ces différentes approches cliniques articulées avec un cas clinique nous aurons permises d’émettre l’hypothèse que si l’on aide un patient à dépasser les trois étapes du deuil que sont, la colère, la résignation et l’acceptation, alors ce sujet pourra peut-être aller de l’avant sans souffrir de douleurs fantômes.

Le sujet et son sport

Vincent PAPOT et Pierre CHATIGNOUX

Résumé :

A l’heure où nos sociétés occidentales véhiculent un véritable clivage entre le corps et l’esprit, comment aborder les questions du sujet et de son sport ? Les publications les plus récentes souffrent elles aussi de ce clivage : on parle moins du psychisme du sportif que de son « mental ». Dans une volonté de réinjecter du sujet dans l’étude des pratiques intensives, nous avons questionné la subjectivité de deux sportifs amateurs de haut niveau, tentant par la suite de tester la validité des concepts proposés par les sciences humaines à ce sujet. « Bigorexie » ; « Clivage corps/esprit » ; « Remplissage affectif » ; « Décharge » ; « Adaptation sociale » ; etc. Des termes centrés autour du vécu corporel du sujet, mais au-delà, son histoire…

Bibliographie

Abadie S., « Procédés autocalmants, gestion d’un manque affectif : deux raisons possibles à la dépendance sportive », Bulletin de psychologie, 2007/2 Numéro 488, p. 135-141.

Chabert C., Verdon V., Psychologie clinique et psychopathologie, PUF, Paris, 2008

Freud S., (1905) Cinq Psychanalyses, PUF, Paris, 2008

Green A., Pulsion de mort, narcissisme négatif, fonction désobjectalisante, PUF, Paris, 1986

Inchauspé I. et al., « Profil psychologique et sport de haut niveau : entre banalités et singularités » Résultats d’une recherche, Empan, 2010/3 n° 79, p. 52-60.

Lacan J., (1966) « Le stade du miroir comme formateur de la fonction du Je », P. 92-99,  in Les écrits 1, Points, Paris, 1999.

Saouter A., « Pratiques sportives et représentations du corps : consécration de l’éternel masculin », Empan, 2010/3 n° 79, p. 105-110.

Véléa D., « L’addiction à l’exercice physique », Psychotropes, 2002/3 Vol. 8, p. 39-46.

L’image du corps à travers le test du dessin du bonhomme

Elodie Ottelart et Anne Kerlero de Rosbo

Le test du dessin du bonhomme est un test projectif graphique qui a pour but d’amener le sujet à projeter une partie de lui-même. En effet, le dessin reposant sur la symbolisation et donc sur la transformation des éléments extérieurs en représentation, il semble un outil intéressant pour étudier « l’image du corps ». Bien que souvent utilisé afin de d’observer le développement de l’enfant, il peut également être utilisé auprès d’une population adulte en tant que test de personnalité.

Les passations du test ont été réalisées auprès d’adultes en milieu carcéral. La consigne était dans un premier temps de dessiner un bonhomme puis de dessiner un bonhomme du sexe opposé dans le but de différencier l’image que le sujet a de son propre corps de celle qu’il a du sexe opposé.

A travers la décharge motrice du dessin de ces bonhommes, nous notons des mouvements, des poussées qui vont permettre aux pulsions d’être déposées sur la feuille à travers différentes symbolisations. L’analyse des représentations corporelles amène ainsi à s’interroger sur les mécanismes défensifs du Moi mais également sur les fantasmes et/ou les angoisses. Ce test pourra également être utilisé comme outil de médiation dans le cadre d’une thérapie afin d’aider le sujet à verbaliser et à subjectiver.

L’IVG : quand l’utérus devient le siège du sentiment d’inquiétante étrangeté

Caroline Bernier et  Amandine Martin

 

La Loi Veil de 1975 dépénalise l’avortement et prend des dispositions permettant l’avortement du fait de la femme, tout en énonçant clairement la dignité de l’embryon et la nécessité de tout faire pour éviter d’y avoir recours. La Loi de Juillet 2001 dite Loi Aubry remanie profondément la Loi Veil.

Selon le rapport de l‘lGAS, on en dénombrait environ 227 000 en 2009, soit l’équivalent d’un avortement pour trois naissances. Toujours selon l’IGAS, parmi toutes les grossesses non désirées, 60% se terminent en avortement. Suite à cette intervention 50 à 60% des femmes souffrent du syndrome post abortif. Dans un premier temps donc, nous verrons ce qu’est ce syndrome puis, nous allons voir que l’avortement soulève plusieurs problématiques et fantasmes… En bref, la question des morts, du deuil, de la culpabilité, les fantasmes de toute puissance, de destruction.

L’avortement provoque deux morts, celle de l’enfant et celle de la conscience de la mère. Cette blessure infligée à sa conscience entraine une sorte d’anesthésie psychologique qui se développe naturellement pour protéger la femme de la douleur et des troubles suivant l’avortement.

Le syndrome post abortif se manifeste plus ou moins tôt, ça peut être le lendemain comme dix ans après. Il peut se déclencher par un évènement marquant, comme un deuil ou une nouvelle naissance, un sentiment de perte ou de vide s’installe alors. Ses affects le plus souvent refoulés ou réprimés  réapparaissent sous des formes plus insidieuses tel que la perte de l’estime de soi, la culpabilité, des troubles de l’appétit, l’anxiété, les insomnies, des cauchemars sur leur bébé qui les hait ou les appelles au secours, la dépression, la capacité moindres à aimer, à s’intéresser aux autres, comme une sorte de détachement progressif inconscient qui conduit à un distanciation aliénante de sa personne, par rapport à sa nature humaine et qui peut conduire dans des cas extrêmes au suicide.

L’interruption volontaire de grossesse, de par la réalisation concrète dans le corps d’une violence originaire, d’une mise en réel de la haine destructrice fantasmatique, convoque la femme au lieu d’un désir et la confronte à une culpabilité. La blessure vécue dans le corps de la femme, qui est parfois subie passivement et de façon masochiste par celle-ci, peut être en lien avec ces culpabilités et la tentative inconsciente de subir souffrance et punition au regard de l’acte posé.

Quand un parent perd un enfant, à la naissance ou avant, il perd quelqu’un qui n’a pas vécu. On peut alors se demander : Comment perdre ce qui n’a pas vécu ? Comment faire le deuil de ce qui n’à pas eu lieu ? se passe comme si, selon J. Allouch, le deuil d’un bébé non né se présentait comme le paradigme du deuil, moins aura vécu celui qui vient de mourir, plus sa vie sera restée une vie en puissance, plus dur sera le deuil. Cette perte laisse une cicatrice dans le corps de la mère uniquement. De plus en plus, dans nos sociétés, tout ce qui a trait à la mort et aux morts est soigneusement évité, contourné, dénié. Plus la question de la mort est évitée (d’un point de vue individuel, familial ou collectif) et plus sont rétrécis les supports (parole, rituel, pleurs expressions de douleur, gestes symboliques, etc.) permettant ou aidant aux élaborations psychiques engendrant les processus de deuil, plus de tels fantasmes (grossesse avortement) seront utilisés dans un contexte de déni, c’est-à-dire en engendrement de reconstruction du même etc. Certaines femmes, établiraient un rite dans leur propre corps, pour signifier dans la chair la présence d’un mort qui ne meurt pas, l’existence d’un deuil qui tarde à s’entamer, faute d’un espace reconnu à cet effet individuellement ou collectivement.

La grossesse suivie de son interruption ont parfois cet étrange effet de permettre l’amorçage de processus de deuil jusque là infaisable. Interprété comme une violence faite au mort, une souffrance à s’infliger, besoin d’une marque dans le corps, violence venant à la fois symboliser la douleur subie, la réalité de la perte par son empreinte dans le corps. Cela place dans le corps un élément vivant hautement symbolique d’une présence occultant quelques temps la question du deuil. L’IVG et le mouvement qu’elle imprime au corps comme empreinte, pourrait bien être la part impensable mais mise en trace de certaines pertes. L’espace creux utérin devient alors lieu fantasmatique sépulcral comme s’il s agissait ici d’accorder au défunt une place dans le corps, à défaut d’avoir encore pu lui accorder un lieu psychique ou il puisse manquer être rêvé et reposer un lieu de son absence.

L’interruption volontaire de grossesse engendre une modification de l’éprouvé corporel plus que du schéma corporel. Dans le schéma corporel il y à des modifications fantasmatiques en terme de représentation du corps, comme des fantasmes de corps envahit d’un corps étranger ou encore d’enfant perdu dans leur corps. L’IVG et la grossesse de manière générale fait naitre des angoisses portant sur l’intégrité corporelle, le corps est vécu comme menacé et menaçant, la frontière dedans dehors n’est plus aussi bien marquée et assurée. L’IVG peut être vu comme une amputation d’une partie de son corps, cela renvoi la femme aux problématiques de perte et d’abandon déstabilisant l’image du corps. Perte d’une partie du corps à laquelle sont reliés une histoire, des affects. Le deuil et la séparation confronte l’individu à des situations qui menacent son intégrité et son sentiment d’identité, cela ravivent les angoisses œdipiennes, le complexe de castration.

Nous avons vu comment le précipité embryonnaire peut être le support de fantasmes puissants, comment il peut se faire fantôme, revenant en chair, objet  persécuteur, objet idéal offrant la jouissance d’une présence pure, ou bien simple obturateur mettant en suspens la gestion des conflits.

Monique Bydlowski (1980) explique que « Pour toutes les femmes, désirer un enfant, c’est avant tout désirer redonner le jour à celui qu’elles ont été, et en quelque sorte se substituer à leur propre mère. » À certains moments, ce désir irréaliste peut surgir dans des conditions déraisonnables. Plus que d’un désir d’enfant, il s’agit d’un désir de grossesse, qui s’achèvera par une IVG. Dans l’expérience de la grossesse et de son interruption, une part d’elle-même tente d’advenir. Une autre, parfois, est rejetée.

À l’instar du désintérêt des chercheurs pour les conséquences de l’avortement, il existe peu de réponses institutionnelles pour soigner les conséquences psychologiques de l’avortement, notamment en Belgique ou en France. Le personnel de santé (psychologues, gynécologues, sexologues…) abordera les symptômes de manière fragmentaire: les troubles du sommeil, les difficultés relationnelles mère-enfant, puis la dépression, enfin la frigidité, les douleurs vaginales, etc.

Les seuls organismes proposant officiellement des parcours dans ces deux pays sont aujourd’hui de type associatif avec une approche de guérison psychologique ou globale : ces organismes manquent de moyens (ressources financières et personnel formé). Ils sont peu connus du grand public et ne sont pas reconnus par le personnel médical, qui, par déni ou manque de formation, refuse à certaines associations le soutien, l’aide dont elles auraient besoin.

APOTEMNOPHILIE – Mélanie Thomas et Jonas Guinfolleau

Résumé

Le terme d’apotemnophilie, aussi appelé trouble identitaire de l’intégrité physique,  a été inventé par FURTH, JOBARIS et MONEY en 1977 et correspond au désir obsessionnel de se faire amputer d’un voire de plusieurs membre(s) sain(s). Ce désir s’accompagne d’un malêtre profond pouvant parfois amener le sujet à s’automutiler ou à engager des démarches auprès de chirurgiens pour se débarrasser du ou des membre(s) qu’ils vivent comme ne faisant pas partie d’eux-mêmes. Cette quête irrépressible d’amputation peut sembler paradoxale en ce sens que, à travers l’extraction d’un membre, le sujet recherche en réalité la complétude. Il cherche à rendre réelle l’image du corps qu’il s’est construite mentalement. Plusieurs théories ont été proposées de façon à rendre compte de la problématique apotemnophilique (théories psychosexuelles, neurologiques, psychiatriques, psychologiques…) mais aujourd’hui, aucun consensus n’a pu être établi et il demeure évident que l’explication de ce trouble ne peut reposer que sur une clinique du cas par cas renvoyant à une prise en compte de la dimension subjective de chacun des sujets présentant ce désir d’amputation.

La représentation du corps de l’autre par le dessin : Le modèle-vivant comme objet du regard

_Audrey LEGAL et Mélanie CALVET_

Nous possédons tous un corps. En général, nous pensons le connaître. Dès lors qu’est ce qui vient faire obstacle à notre capacité à le représenter par le biais du dessin ?

Nous faisons ici l’hypothèse qu’il ne s’agit pas seulement d’une faiblesse technique qu’il conviendrait de rectifier par l’apprentissage de la maîtrise du geste, mais également d’un brouillage du regard à l’endroit de l’objet, qui ici, se trouve être le corps nu.

Dans cet objectif nous sommes allées interroger des dessinateurs sur ce qui pouvait se présenter à eux comme des difficultés. Il en est ressorti que l’unité du corps et l’harmonie de ce jeu de courbes/contre-courbes, bien qu’elles soient perçues, n’étaient pas chose facile à retranscrire. L’image de leur corps propre pouvait également entrer en collision avec leur perception ou fusionner avec celle-ci. En reprenant le Stade du miroir de Lacan, nous avons pu mettre en exergue que la constitution de l’image du corps se fait à partir d’un réel éprouvé comme morcelé. L’image spéculaire n’est ni plus ni moins qu’un mirage qui se soutient du « Je » pour réduire la disjonction entre ce qui est ressenti d’une part et ce qui est perçu dans le miroir d’autre part. Ici, ce qui prend la place du « Je » du discours, c’est le dessin en tant qu’il constitue une forme de langage, qu’il convient de s’approprier afin de pouvoir dire en image ce que l’on voit.

Dans un second temps, nous nous sommes interrogées sur la position du dessinateur face à ce corps nu  et au travers de leurs discours nous avons constaté qu’il y avait une nécessité de dés-érotiser cet objet de perception pour s ‘autoriser à le représenter. Néanmoins, les diverses réactions du modèle (respiration, mouvements) semblaient rappeler de manière parfois intrusive, la présence d’un sujet dans ce corps et du désir dont il témoigne. D’autre part, nous avons relever que le regard possédait une double fonction : celle d’observer la réalité et celle de juger la production qui en résulte. La seconde venant entraver la première.

Par ailleurs, nous nous sommes intéressées à la parole du modèle-vivant quant au rôle qu’il choisit d’incarner dans cet espace temps que constitue la séance de travail.

Enfin, nous avons proposé des pistes de réflexions sur l’investissement du regard dans la photographie et sur l’engagement de l’artiste dans sa démarche créatrice animée par la quête d’un objet, qui lui échappe perpétuellement.

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